Histoire de la ferme

Projet d’une vie (Chapitre 1)

Alors que l’on n’est pas encore vraiment dans la vie active mais que l’on n’est plus dans l’enfance, construire son avenir a ressemblé pour moi au parcours du combattant.

Tombé sous le charme d’une vieille ferme entourée de 3 hectares aux abords de mon lieu de naissance, le projet de maraîcher, vu mon parcours d’études, m’a semblé une évidence, soutenu par ma famille et mes amis.

La ferme avant les travaux

Ce fut loin d’être le cas de tout le monde!! En effet, les administrations et les banques sont là pour bien vous décourager! Vous avez beau être un battant, informé, passionné, diplômé, avec une volonté de fer, si vous avez la moindre faille, ils sont là avec leurs lots d’obligations et de paperasses pour vous broyer en un instant.

Tout a commencé fin 2016. Après m’être assuré que ce site inhabité pouvait être en vente, les démarches ont commencées.

Le chai avant les travaux

Priorité, les banques vont-elles me suivre? J’ai toujours cru que les banques étaient là pour ça! Un projet c’est bien, mais encore faut-il de quoi le financer!!

Dès mon adolescence, j’ai travaillé chez les agriculteurs du coin pour me faire trois sous que j’ai économisés. Deux ans de CDD dans une entreprise d’expérimentation phytosanitaire, m’ont permis de me former et d’avoir un petit pécule de 10 000€ à 24 ans. Me voilà donc parti confiant à mon premier rendez-vous à la banque. Qu’elle ne fut pas ma déception quand, tout fier de lui, il m’informe que d’une part je suis seul sur le projet, hors cadre familial et chômeur, que d’autre part, le prêt pour le bien est de maximum 15 ans et que pour le matériel le prêt est de 7 ans. Conclusion, le montant effarant des remboursements m’empêchait de poursuivre mon projet.

Tout cela sans compter sur la ténacité et obstination de ma mère qui n’a pas accepté que l’on puisse décourager un jeune qui a un projet prometteur. Nous voilà donc reparti à taper à toutes les portes pour savoir comment concrétiser ce projet.

Après que la SAFER ( société d’aménagement foncier et d’établissement rural), oui, tout est en sigle et il ne faut pas s’y perdre car ce n’est que le début! Donc après que la SAFER se soit penchée sur la question, la première bâtisse (maison) a été dissocié de l’autre bâtisse (magasin,stockage) et des terres. De ce fait, la maison pouvait être financée sur 25 ans. Petite bouffée d’oxygène! En mars 2017, le premier projet de promesse d’achat voit le jour.

Et là, c’est la course aux devis! Poulailler, irrigation, serre, matériel (brouettes, pelles…)…

Un rendez-vous dans un cabinet comptable pour affiner le prévisionnel et le projet redevient envisageable.

En parallèle, j’ai pris contact avec la chambre d’agriculture pour connaitre les démarches à effectuer pour s’installer maraîcher. Priorité, PPP (plan de professionnalisation personnalisé)! Je vous avais dit, tout est en sigle!!! Je suis convoqué mi mars 2017 avec: photocopie carte identité, photocopie diplômes agricoles et tous justificatifs d’expériences professionnelles (certificats de travail, bulletins de salaires, attestation MSA, attestation de réalisation de stage, convention de stage…) Et bien entendu le prévisionnel de mon projet. Je suis allé à cet entretien avec ma grosse mallette sous le bras et pleins d’étoiles dans les yeux. On allait enfin me soutenir et m’accompagner.

Que nenni !!! Après 2h de questions sur la viabilité du projet et plusieurs mises en gardes d’échecs, mon PPP n’est pas validé, il me manque des attestations de maraîchers pour stage ou prise de contact de techniciens spécialisés. Ils m’informent tout de même qu’il existe la DJA (dotation jeunes agriculteurs) et qu’en ce qui me concerne, si je rempli les monticules de formulaires demandés, je peux prétendre à 5000€ de dotation. A voir! Je veux planter des légumes, pas passer mon temps en gratte papier !

Me voilà reparti dans les démarches, recherche active de maraîchers acceptant de me prendre en stage ou de vouloir me recevoir pour des informations techniques.

Se fera, se fera pas, je décide de poursuivre. Je demande à la chambre d’agriculture de passer la formation m’autorisant à m’installer. Mai 2017 je fais cette formation et apprends que vu mon projet et ma situation, la DJA peut être de 25 000€!! Ce n’est pas la même donne!! Je dois donc m’atteler à la quantité phénoménale de papiers à faire, payer la chambre d’agriculture pour refaire mon prévisionnel et de suivre toutes les obligations exigées. Et ce n’est pas peu de le dire!

Le technicien de la chambre qui me reçois, recopie le prévisionnel déjà fait et me demande comment je compte vendre ma production. Quand je lui dit que je vais vendre à la ferme, il est loin d’être convaincu et sans même voir le site ni sa situation géographique, il veut absolument que j’envisage de faire des marchés et des associations avec des magasins de revente.

J’envoie mon premier dossier de demande de financement à 5 des banques les plus connus.

Porté par l’enthousiasme de mon entourage, avec l’accord des propriétaires de la ferme, nous voilà tous à fond pour le nettoyage du site laissé à l’abandon depuis plusieurs années. Aucun investissement financier au cas ou, mais beaucoup de temps, de sueur et d’aide.

Le site étant vierge de toutes manipulations humaine ou chimique depuis plusieurs années, il a fallu que je demande à être classé en bio avant de défricher les terres. Oui, je n’étais pas encore sûr de pouvoir valider mon projet, mais ne dit-on pas l’espoir fait vivre!!!

A mon sens, il est urgent et vital de trouver un nouveau modèle de cultiver de façon plus respectueuse de l’environnement et de la santé, raison pour laquelle je souhaitais ardemment obtenir cette certification dès le début de mon activité.

Août 2017, après un été passé à y croire et travailler d’arrache pied avec famille et amis, le couperet tombe, toutes les banques refusent de m’accorder les prêts! Raisons: Trop jeune, hors cadre familial, chômeur, pas de réseau de distribution… Comme de bien entendu aucun n’a prit le temps de se déplacer sur site pour vérifier la véracité et la demande croissante d’un tel projet.

Entre temps, j’ai fait les stages demandés et suivi les conseils techniciens, ce qui a validé mon PPP, donc demande d’admission au DJA. D’où nouveau plan prévisionnel avec 25 000€ de DJA.

Retour vers les banques!! Ils veulent un prévisionnel mytho, alors je vais leur donner!!! Au lieu de laisser le prévisionnel tel qu’il est appliqué aujourd’hui, j’ai inventé des marchés que j’allais faire au moins 4 fois par semaine, gonflé un peu les chiffres pour que ça passe! Ce n’est qu’un prévisionnel!!

Je vous passe les détails des multiples refus qui ont à nouveau suivi… Pas découragé, j’ai refais un nouveau plan prévisionnel retravaillé, remythoné et continué à nettoyer le site pour espérer démarrer mon activité début 2018 au plus tard. Certaines banques m’ont carrément dit qu’elles ne voulaient plus que je leur donne d’autre dossier car c’était un non catégorique et définitif.

Après que mon insistante interpelle enfin la chambre, une commission avec la banque a fini par porter ses fruits. Les prêts sont enfin acceptés.

Le 22 décembre 2017 je signe l’acte définitif d’achat de cette incroyable et éblouissante ferme qui est la promesse d’une vie de labeur et de bonheur que j’ai rêvé pendant un an. P

Projet d’une vie (Chapitre 2) Du rêve à la réalité!!

Le projet est acté. J’ai signé pour 25 ans!! Et là, le stress et le doute s’installe. Et si j’avais fait une erreur, devant l’étendu des choses à faire, tout bien réfléchi, je n’ai que 25 ans et ai-je vraiment les épaules? Dans quoi me suis-je embarqué? La folie? L’inconscience? Là, c’est la panique!!!! Plus de marche arrière possible! Alors une seule chose à faire, ne plus écouter celui qui doute en moi mais avancer avec toute la passion et la motivation de celui qui y crois!

Et c’est là que l’engouement de mon entourage s’emballe et m’emporte dans une aventure extraordinaire. Alors que Pascal avec sa mini pelle arrache les ronces, le lierre, les arbres et tous les espaces que la nature avait repris de plein droit, des amis agriculteurs sont arrivés avec leurs gros tracteurs, broyeurs, charrues, herse rotative… pour travailler toutes les terres que je souhaitais cultiver. Mes pots et moi avons désencombré le site de toute la ferraille et déchets parsemés sur les 3 hectares. A l’arrivé, 12 tonnes de ferraille et presque autant de déchets à la décharge.

Toutes les branches et arbres morts nous ont offerts un super feu de joie pour le réveillon de la nouvelle année 2018.